Ce que l'argent ne saurait acheter

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Ce que l'argent ne saurait acheter

Michael Sandel, le plus célèbre professeur de Sciences politiques à Harvard, a publié un essai pertinent  Ce que l'argent ne saurait acheter, nourri d'exemples inattendus. 

Sandel donne des exemples de notre vie courante : voies rapides payantes des autoroutes, revente de billets de concerts, achats d'une place dans une file d'attente, ou même de bébés...

Il rappelle que pour les économistes, l'argent serait neutre moralement, un simple "deal" entre acheteur et vendeur. Est-ce bien vrai ?

Sandel prend ainsi l'exemple d'écoles américaines où pour améliorer les résultats scolaires d'enfants en difficultés, sociales et scolaires, on leur propose de les payer deux dollars pour chaque livre lu. Mais que se passe-t-il si l'argent n'est plus donné ? Deux résultats sont possibles : les élèves développeraient l'amour de la lecture à force de lire dans le meilleur des cas, ou bien ils s'arrêteraient de lire, et le principe même de la lecture serait corrompu : les émotions, le goût de la beauté, le développement d'une réflexion, tout cela serait effacé par le désir de gagner de l'argent. La passion de lire n'aura pas été acquise.

Cependant, Sandel raconte des cas où la proposition de tirer un bénéfice financier d'une activité humanitaire ou dédiée à la collectivité a généré une baisse d'efficacité dans les résultats obtenus, au lieu d'augmenter la motivation des volontaires, car, heureusement, certaines choses ne peuvent s'acheter : l'engagement, le don, le sacrifice pour un intérêt collectif par exemple. 

Aussi devrions-nous nous demander si certains domaines ne devraient pas restés, le plus possible, à l'abri de fortes transactions financières : en particulier ceux de l'éducation, de la santé, de la sécurité...

L'argent vient en effet changer la nature même de l'activité, et atténuer les valeurs morales, les évacuer parfois. Les idéaux sont alors érodés si l'activité qui les porte est transformée en opération commerciale.

Le domaine qui a été le plus érodé par le fait qu'on puisse désormais quasiment tout acheter, selon Sandel, c'est le sens de la communauté, car il n'existe plus assez de lieux publics ou d'évènements, permettant aux différentes classes sociales de se mélanger : en payant plus cher, les privilégiés se retrouvent entre eux, et les plus démunis aussi.

Sandel nous interroge ainsi : est-ce qu'on veut une société où tout est à vendre ? Ou est-ce qu'il y a des valeurs morales et des activités civiques que l'argent ne doit pas pouvoir acheter ? 

 

Très clairement un livre qui mérite de l'être en tous cas : 

Ce que l'argent ne saurait acheter : Les limites morales du marché

Article de Laureline Amanieux.

© Web TV Savoirchanger, 2015.

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