Evolutions et Traditions aux Tonga

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Découvrez un portrait de la société tongienne par l'une de ses habitantes ! Propos recueillis par Marion Vandekerckhove auprès de Soana, l’équivalent tongien du prénom Jeanne. Soana n’est pas le véritable prénom de la jeune femme qui a préféré garder l’anonymat. Voici sa parole en direct :

 

"L’éducation

L’école primaire est gratuite. Tout le monde a des terres familiales ou loge chez un parent. Il faut débourser 30 pa’aunga (monnaie tongienne) par trimestre arrivé au collège, ce qui n’est pas grand-chose. Les enfants grignotent un truc dans une boutique au bord de la route pour la cantine.

Il y a des différences entre les écoles. Maintenant il arrive que les deux parents travaillent, mais c’est encore rare. Par contre si vous allez à l’école Tonga High, la meilleure du Royaume, les deux parents travailleront dans un couple sur deux.

Les tongiens partent à l’étranger, ils ne restent pas aux îles Tonga. Ils vont faire leurs études à l’Université du Pacifique sud s’ils le peuvent. Ici il n’y a presque aucune structure. On peut faire les deux premières années de Licence, mais ensuite il faut partir.  On doit aller aux Fidjis pour faire médecine, aux îles Samoa si c‘est l’agriculture qui nous intéresse, et à Vanuatu pour étudier le droit.

Le mariage

Il est rare de se marier tard aux Tonga. Les gens cherchent à être stables très vite. Mais ça dépend des réactions, des mentalités. Ces quarante dernières années, les choses ont évolué. Dans les familles de classe sociale élevée, les parents acceptent désormais le fait que les filles fassent de hautes études. Faire des études est aussi un moyen nouveau de s’élever dans cette société en cas de mariage.

Mais d’un autre côté récemment le roi a refusé que sa fille se marie, et il arrive que des parents se fâchent contre leur enfant s’il ne se marie pas comme il devrait, avec quelqu’un de sa classe sociale par exemple.

Le sexe

Le sexe reste tabou. Il n’y a pas d’éducation sexuelle à l’école. Un enfant européen de primaire en sait plus sur la reproduction qu’un bachelier tongien. C’est une de mes amies qui a habité en Angleterre qui me l’a dit. Maintenant le sexe n’est vu qu’à travers le prisme de la pornographie sur internet, il a une image très négative. Il y a une vulgarisation du sexe. La personne avec qui tu le fais n’a pas d’importance, ce sera toujours pareil. C’est mécanique, il n’y a pas d’échanges entre les personnalités. Ça manque de dignité. Moi, je n’avais jamais fait l’amour avant mon mariage. Pour moi le sexe, c’est l’émotion mise en pratique.

 

 

Le travail

Le secteur privé n’est pas très développé. Le service public est complétement prédominant. Pour devenir fonctionnaire, il faut d’ailleurs avoir fait de hautes études. Par contre le pays doit faire face à une fuite des cerveaux car il n’y a pas de débouchés et parce que le système politique ne favorise pas forcément les mieux qualifiés. Il y a beaucoup de népotisme. Il ne reste que les milieux artistiques ou archéologiques pour s’élever, ce qui est une palette de choix très réduite. Parmi les jeunes, le taux de chômage explose.

Promouvoir ton propre business, travailler à domicile, le fait que tu puisses le faire toi-même, trouver tes clients et faire une formation compta, cela est tout nouveau ici. Le fait d’épargner aussi est tout récent.  Ce n’était pas dans les habitudes. Il faudra attendre encore une dizaine d’années avant que ça ait des effets je pense.

Par ailleurs, le pays est réputé ‘untouched’ (intact, vierge). Le gouvernement est très protecteur du patrimoine. Par exemple au Vanuatu, les investisseurs sont des étrangers, mais aux Tonga, les taxes sont chères, ce n’est pas un paradis fiscal, comme au Vanuatu. Il y a des impôts. Et surtout un étranger ne peut pas acheter de terres. Il peut acheter une maison, mais il aura toujours un loyer à payer pour le terrain. D’un autre côté, les tongiens tuent les tongiens avec des prix élevés. Il n’existe pas de commerces regroupés entre tongiens - les chinois sont mieux organisés.

La technologie

Je dirais que les tongiens sont assez avancés en ce qui concerne la technologie moderne -- je parle surtout des gadgets à la mode – grâce à la diaspora qui les leur envoient. Ils envoient de tout ! Il y a aussi beaucoup d’importations chinoises. D’ailleurs la mode vestimentaire est souvent de la contrefaçon chinoise.

La population avance plus vite que le pays ne se développe. Nous avons été le premier pays du Pacifique à être équipé de la fibre optique après l’Australie et la Nouvelle Zélande. Les mentalités et la technologie avancent ensemble je dirais.

 

La société tongienne

Chacun a sa place, à la fois dans la famille et dans la communauté. C’est souvent l’aîné qui porte tout ! Ton identité passe par celle de ta mère. Notre société est matriarcale. Tu es quelqu’un grâce au sang de ta mère. La noblesse s’acquiert ainsi.

Notre société est rigide, stratifiée, hiérarchisée. La Constitution a été pensée selon la Religion, après la christianisation. C’est un pays moderne, ou plutôt un pays modernisé, mais confronté à ses traditions, son quotidien et ses dilemmes. On veut garder nos traditions familiales, culturelles, religieuses et rester uniques. Et en même temps, on a envie de modernité.

L’immigration

Les tongiens immigrent pour avoir une vie nouvelle. Ils vont partout ! Surtout en Australie et en Nouvelle Zélande bien entendu. Ils partent certes, mais ils vivent à l’étranger comme ils vivraient ici, à la tongienne, donc ils stagnent. Ils n’essaient pas de se conformer au nouveau rythme de vie.

Il faut comprendre qu’ici on peut manger même si on n’a pas un sou. On est très dépendant de sa famille, on a des obligations envers sa tante, mais on peut vivre à la charge de ceux qui travaillent. Payer un loyer, des charges, des frais de scolarité, tout cela est inconnu aux Tonga.

Les samoans aussi sont une population très mobile. Il y en a beaucoup qui sont venus ici dans les années 60. Les chinois viennent nombreux aux Tonga et développent l’économie de l’île. Il y a eu un flux d’immigration important dans les années 80. Mais il y a des cas de racisme envers eux.

La mondialisation

Le monde bouge, il y a ce phénomène de mondialisation ; comment gérer cela ici ? Il nous faut être moderne tout en maintenant les traditions. Mondialiser les traditions, c’est dur ! Faut-il réformer l’histoire du pays ou les traditions, alors que c’est censé être ce qui ne change pas ? Pour ces dernières, les  gens choisissent lesquelles garder et lesquelles laisser. Ils font le tri petit à petit. Nous avons un rôle de gardien des traditions. Surtout en ce qui concerne les danses et la façon de se comporter. C’est assez lourd, et c’est pourquoi de nombreuses personnes partent, que des filles se marient ailleurs…"

 

Interview et photographies par Marion Vandekerckhove, 2016. 

Pour découvrir davantage les îles du Pacifique sud, suivez le guide :

RAROTONGA SAMOA & TONGA 7ED -ANGLAIS-

NB :  A propos des prénoms utilisés dans ces chroniques, la langue tongienne ne contient pas toutes les sonorités européennes, alors tous les prénoms chrétiens (apportés par les missionnaires) ont dû être adaptés. 

 

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