Le Bonheur vu par un moine tibétain

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Le Bonheur vu par un moine tibétain

 

Marion Vandekerckhove a rencontré en Inde le moine Shar Kentrul Rinpoche, originaire d’Ando, Tibet. Elle nous transmet sa parole bienveillante qui est un petit bréviaire de sagesse pour nous rendre plus heureux : 

" Pourquoi je suis devenu moine ? Eh bien, je n’ai pas trop eu le choix à l’époque, comme beaucoup ! L’âge officiel pour moi a été 19 ans, néanmoins dès 12 ans j’étais déjà dédié à cet avenir. Et je suis resté moine jusqu’à ce jour, sans interruption. J’ai quitté le Tibet en l’an 2000 et je suis resté en Inde à MacLeod Ganj, pendant 3 ans. Ici, dans le temple du Dalai Lama, j’ai beaucoup lu, beaucoup appris, puis j’ai commencé à enseigner. Il y a un nombre conséquent d’ouvrages en tibétain dans la bibliothèque du temple. Ensuite s’est présentée une opportunité de départ en Australie, alors je l’ai saisie. Là-bas, j’ai établi moi-même non pas un monastère, mais un centre, une sorte de maison du bouddhisme.

Concernant ma pratique quotidienne en tant qu’être humain, je dirai que j’examine sans cesse mes intentions : quelles sont mes motivations réelles ? Sont-elles guidées par l’égoïsme, ou sont–elles motivées par la compassion et une cause générale plus humaniste ?

Et en tant que bouddhiste j’essaie de me concentrer sur la compréhension de la nature de Bouddha, et surtout sur la relativité de la vérité. Il est en effet possible de distinguer la vérité relative de la vérité absolue. La première est basée sur l’illusion et c’est celle que l’on retrouve le plus de par le monde. Un exemple peut être simplement ce que nous donne à voir nos yeux : j’ai l’air tibétain pour certaines raisons physiques - ou non - et vous française pour d’autres. Mais il faut aller chercher bien au-delà de ces simples apparences, faire des investigations, se détacher des apparences pour atteindre la vérité. Le fait que nous soyons tibétain ou française n’existe pas en soi, ce n’est qu’une composition, c’est du vide. Atteindre la vérité absolue demande une prise de conscience et une connaissance spirituelle – une compréhension. 

Une chose qui me touche de nos jours est la façon dont jouent les enfants qui ont des jouets. Ils en possèdent énormément, et de fait ont, si l'on peut dire, un niveau de bonheur potentiel très grand. Mais quoi que vous ayez, tout dépend de ce que vous en faites. Leur niveau de bonheur est très grand, mais ils ont perdu le sens de l’appréciation. Ils ne sont donc pas plus heureux que d’autres, voire moins. Aussi, je suis perplexe devant certains intellectuels qui ont accès à tant de savoir et qui sont dédiés à leur discipline mais qui sont sans cœur, sans inspiration.

Si j’avais un conseil à donner pour la vie de tous les jours, je dirais qu’il faut aller pas à pas. Tout d’un coup, c’est beaucoup trop ! Faire autant que l’on peut, petit à petit. Mais ne jamais, jamais, abandonner. 

Et si vous étiez intéressé par le bouddhisme je vous conseillerais de commencer par de petites choses. Il faut savoir que le bouddhisme comporte beaucoup de niveaux différents. Vous n’avez pas à devenir moine ! Il existe de nombreuses options pour vivre le bouddhisme.

Lorsque l’on évoque le bouddhisme les gens ont tendance à penser tout de suite à l’amour, la paix et la compassion, et souvent aux végétariens ! Cela est vrai mais pas que ! En réalité, la chose essentielle à comprendre, la base, l’essence du bouddhisme, c’est l’interdépendance des choses. Rien n’existe par soi-même. La racine de tous les problèmes vient du fait que les gens ne comprennent pas la Nature du monde. Je vous laisse penser un peu à tout ce que cela induit. Il faut vraiment comprendre ce principe d’interdépendance en premier.

Pour ma part j’ai plusieurs buts, plus ou moins réalistes :

Le plus plausible serait la création d’un centre bouddhiste en Australie, et je souhaite que ce ne soit pas seulement un centre mais aussi un lieu de vie pour une communauté, un endroit où les gens pourraient vraiment vivre ensemble.

J’aimerais aussi trouver un antidote à l’individualisme occidental. D’aussi loin jusqu'ici, je peux dire que votre malheur vient de votre individualisme. Les gens ne sont pas proches de leurs familles, ni de leurs voisins, parfois même il y a une distance entre conjoints.

De surcroît, les règles de bienséances sonnent parfois tellement faux qu’elles ajoutent à la distance entre les êtres. Il faut que nous partagions. Nous devons partager. Le matérialisme ne nous aide pas dans cette voie et ajoute à notre malheur.

Et si je devais rêver, je réformerais alors le fonctionnement de tous les monastères tibétains du monde ! Plus sérieusement, je vais essayer de faire en sorte que les gens vivent ensemble, véritablement ensemble. De nos jours les droits individuels sont ce qu’il y a de plus important pour les gens. Ils les placent toujours en premier. Mais il faut faire attention aux dérives que cela induit. En cela l’exemple de la culture chinoise actuelle n’est pas mauvaise : il y a beaucoup à en retirer. Il y a du partage. La démocratie est aussi un modèle à suivre.

On ferme la porte, et on regarde la télévision : cette attitude conduit irrémédiablement à la solitude. Or les gens qui partagent souffrent moins dans cette vie.

Je crois très fort en cela."

 

Savoirchanger conseille les livres du moine tibétain et philosophe français Matthieu Ricard : 

Vers une société altruiste

Ainsi qu'en livre de poche : L'art de la méditation

Propos recueillis par Marion Vandekerckhove.

© Web TV Savoirchanger, 2015.

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