Prenez vos propres décisions

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Prenez vos propres décisions

Raina Rajni

 

Voici le témoignage de Raina Rajni, 36 ans, vivant en Inde : 

"La première chose que je voudrais dire est que la mentalité indienne est très en retard sur la mentalité occidentale. Les gens ici perdent beaucoup de temps à critiquer les autres. Moi je suis différente. On peut le voir rien qu'aux vêtements que je porte ! J'aime porter des habits un peu plus modernes que ceux que portent les femmes traditionnellement.

Maintenant les choses sont en train de changer en Inde. Les esprits s'ouvrent un petit peu plus chaque jour. Cela fait 5 ans environ, je dirais, c'est un phénomène relativement récent. Par exemple auparavant les hommes allaient travailler et leurs épouses restaient au foyer. Dans la rue on voyait majoritairement des hommes. C'est le besoin d'argent qui a fait évoluer la situation je pense. Évidemment les personnes âgées font de la résistance ! Néanmoins désormais les femmes ici vont travailler à l'extérieur de la maison. La plupart d'entre elles n'ont pas d'éducation, mais elles peuvent faire des travaux de construction, par exemple. Le village s'est beaucoup enrichi depuis que les femmes travaillent. C'est vraiment grâce à elles, car elles travaillent dur.

J'ai eu l'idée de former un Self Help Group il y a 15 ans. Au début, il a été difficile de faire comprendre aux femmes quel était le concept de ce groupe. Elles cherchaient à profiter de la situation au lieu de s'entraider. L'argent ici est un gros problème et il y avait beaucoup de personnalités différentes dans notre cercle. Moi, je n'étais que l'une d'entre elles. Nous avons commencé avec 12 membres.

Mon programme s'appelait Integrated Child Developpement et il suivait une idée proposée par le gouvernement. Je l'ai ensuite rebaptisé Women and Child Health Development. Le principe est très simple : chaque mois chaque participante donne une somme définie d'argent pour le fond de caisse du groupe. Il faut que le montant soit très facile à mettre de côté pour que le système fonctionne. Nous l'avons fixé à 50 roupies. Multiplié par 50, cela nous faisait une base de 600 roupies par mois. Au bout de quelques temps nous avions déjà une somme conséquente et nous avons pu commencer à prêter de l'argent aux membres.

Il faut comprendre qu'ici les banques prennent énormément d'intérêts sur les sommes prêtées. Dans ces groupes il s'agit de notre argent et pas de celui des banques. Nous fixons ensemble d'un commun accord le montant des intérêts lorsque l'on prête de l'argent à une femme. Et puisque ces intérêts reviennent dans la caisse du groupe, ils ne servent qu'à enrichir notre fond de roulement et donc augmentent notre propre pouvoir d'achat.

Les nouvelles vont vite dans les villages et les femmes ont pu voir les bénéfices du SHG : nous avons rapidement atteint le nombre de 63 femmes réparties en 5 groupes. C'était un véritable succès. Presque toutes les femmes du village en faisaient partie.

Dans mon groupe en quelques années nous avions une base de 20000 roupies tous les mois – c'est une somme énorme ici. Certaines femmes ont pu acheter du bétail et commencer de véritables commerces.

L'argent est réparti en fonction des besoins. C'est donc inégal, mais il faut comprendre le principe. Pour ma part j'ai peu demandé de prêts, mais je sais que si j'ai un problème, je peux tout de suite obtenir la somme dont j'ai besoin. Grâce à cela je me sens bien. C'est précieux, la tranquillité d'esprit.

Il y a à peu près un an j'ai été critiquée par certaines des femmes. Les propos tenus importent peu. Ceci dit, je passais beaucoup de mon temps à prendre soin des participantes et à effectuer des calculs fastidieux. Alors j'ai dû frapper un grand coup de poing sur la table : j'ai rendu l'argent équitablement à toutes les femmes et j'ai clôturé les comptes. Pendant 4 mois, j'ai refusé de reprendre… J'étais vraiment fâchée. Néanmoins quelques femmes m'appelaient régulièrement, et pour tout dire, moi aussi j'avais besoin du support du groupe. En définitive j'ai repris mes activités. Par contre, je n'ai gardé que 10 femmes sur les 63 , les plus honnêtes et les plus investies.

Je ne pense pas qu'il existe de groupes d'hommes de ce type-là. Plus tard peut-être s'y mettront-ils? J'ai connaissance de quelques groupes mixtes par contre.

Il y a 8 ans, j'ai quitté mon mari car il buvait et me battait souvent. Je n'avais pas de liberté. Maintenant je vis seule avec mes enfants, tout le monde le sait. Divorcer, ce ne sont pas des choses qui se font par ici. C'est une honte, et la femme seule ne devrait jamais se remarier selon les anciennes coutumes. Moi, j'en ai bien l'intention. Je voudrais rencontrer quelqu'un de gentil, qui prenne simplement soin de moi. Néanmoins je dois dire que même si je vis seule, les gens du village ne me critiquent pas car ils savent ce que je fais pour la communauté. J'ai de la chance, mais c'est loin d'être le cas pour toutes les femmes dans ma situation en Inde.

Si je pouvais passer un message à toutes les femmes du monde je leur dirais : « Écoutez votre cœur ! Essayez de ne pas dépendre des autres, prenez vos propres décisions. Donnez de l'amour à ceux qui vous aiment et surtout, aimez-vous. »

Propos recueillis par Marion Vandekerckhove. 

© Web TV Savoirchanger, 2014.

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