Faire revivre les danses aux Tonga

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Faire revivre les danses anciennes

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Découvrez Ilaisaane Sisi’uno Helu, présidente de l’Institut Atenesi à Nuku’alofa, sur l’île principale du Royaume de Tonga dans le Pacifique sud. Elle enseigne les danses traditionnelles tongiennes afin de les faire revivre : un reportage exclusif de Marion Vandekerckhove.

 

"Quand j’avais huit ans, mon père fonda l’Institut Atenesi. Il avait comme dessein de préserver tout ce qui touchait la tradition culturelle tongienne, notamment les arts du spectacle. De ce fait, cette université comprenait une grande chorale et un groupe de danse aussi. Dès la première année, les étudiants avaient des cours de chant et de danse. Les gens disaient que c’était bien. Ici on étudie tout, de Socrate à Monet, les classiques littéraires et les traditions tongiennes, le monde occidental et notre partie du monde.

Pour ma part j’ai commencé le piano classique et la musique à 4 ans. Plus grande, j’ai étudié ces matières pendant 1 an et demi en Australie. Tous mes frères et mes sœurs sont comme ça. Ma sœur s’est engagée dans l’opéra classique et le chant à 22 ans. Elle fut la première à enseigner l’opéra ici aux Tonga, que ce soit Bizet, Haendel ou Verdi. Les gens appréciaient vraiment cela. Certains de ses élèves ont pu partir travailler à l’étranger. Maintenant l’opéra intéresse aussi d’autres personnes. On en trouve dans quelques écoles et la carrière d’artiste est plus prisée qu’avant. Les tongiens sont talentueux en général. Il est dommage que l’on mette trop le rugby en avant.

Moi j’ai continué  à étudier la danse. Pour ma part j’essaie de préserver les danses d’avant l’arrivée des missionnaires. Les tongiens avaient alors un dieu pour la mer, un autre pour la lune ou les récoltes. Je ne suis personnellement pas très intéressée par la chrétienté. J’ai subi l’influence de mon père.

Il est important de savoir d’où l’on vient pour savoir qui on est et où on en est. Par les danses et les chants, il est possible de savoir d’où viennent les tongiens. Il y a beaucoup de similitudes avec l’île d’Uvéa - un des royaumes coutumier de Wallis et Futuna- dans la musique primitive. Il faudrait que quelqu’un se charge d’en faire l’étude.

Donc, après l’arrivée des missionnaires, il y a eu une interdiction de danser les danses pour les Dieux ainsi que celles que l’on effectuait torse nu avec des colliers de fleurs. De plus, les hommes et les femmes dansaient traditionnellement ensemble avant l’arrivée des missionnaires, et ce fut aussi interdit par la suite.

 

Quelques personnes ont souhaité faire revivre ces danses, comme la célèbre reine Salote (Charlotte en tongien) qui régna de 1918 à 1965 et qui en plus d’être reine était une grande poétesse. Salote  composa des chants, des poèmes  et des prières. Elle allait sur les sites historiques et sur les tombes anciennes avec des pierres, des fleurs et des cadeaux. Elle célébrait les anniversaires historiques pour faire revivre les lieux délaissés après l’arrivée des missionnaires. Quelques-unes de ses chansons étaient justes, d’autres étaient politiquement orientées.

Bien sûr, le son des chansons que nous avons conservées de nos jours n’est peut-être pas le même qu’avant et tous les passages sexuellement connotés ont été perdus. Les textes sont différents, mais ceci dit le langage l’était aussi. C’était ce qu’on pourrait appeler de l’ancien tongien. Moi-même je ne comprends pas bien cette langue. Mon père a essayé d’en retrouver l’interprétation.

Il existe beaucoup de types de danses différentes au Royaume de Tonga. On trouve des danses anciennes et des danses modernes. Il y a des danses réservées au roi, d’autres aux nobles, d’autres encore à l’église et aux roturiers, aux gens du commun. De nos jours, on ne réalise ces sortes de danses que pour de grandes occasions, comme un couronnement, un anniversaire royal ou un mariage. Quelquefois aussi pour une collecte de fond à l’église. La danse va toujours de pair avec la fête.  Le Tau’olunga, un solo de jeune femme, était la danse la plus haut placée dans la société. Auparavant elle était exclusivement réalisée par les princesses. A l’heure actuelle toute jeune fille peut la réaliser. Ma danse préférée est justement  le Tau’olunga parce qu’on est libre lorsqu’on l’interprète.

Il y a des costumes traditionnels pratiquement pour chaque village. Dans le mien l’on s’habille en noir avec des feuillages verts. Certaines danses peuvent durer 30 ou même 45 minutes, avec 9 versets. Par exemple, la danse du feu, qui explique comment le feu a été volé du sol par les hommes. Il existe quelques chansons seules, mais il n’y a pas de danses sans chant. 

Sur internet vous pouvez voir le Tauolunga Fakananatu o Palofesa IIaisa Futa Helu. Je l’ai chorégraphiée, ma sœur l’exécute. Vous pouvez voir cette chorégraphie sur Youtube.

Beaucoup aiment, d’autres pas. Lorsque quelqu’un vient coller des billets sur le corps huilé des danseurs, il s’agit d’un signe d’appréciation. Autrefois l’on plaçait des tapa (morceau d’étoffe tressée traditionnelle) devant les danseurs. Cette coutume s’appliquait seulement aux enfants des nobles. Mon père faisait cela. Il est nécessaire de danser sur quelque chose dans la tradition. On peut aussi mettre un collier au danseur. Un collier de fleurs, de billets, de bonbons, de boîtes de céréales parfois de nos jours !

Les danses sont le reflet de la culture de nos ancêtres. Maintenant on les interprète trop calmement.  Ca devait être dynamique, on devait crier, être féroces ! Les tongiens étaient de braves guerriers, ils étaient forts. Les danses n’étaient certainement pas exécutées ainsi. La chorégraphie devait également être plus synchronisée aussi.

Les danses sont une combinaison de mouvements. Un changement. Il faut faire revivre ces mouvements. La plupart miment des situations, une histoire, mais certains sont abstraits, comme le body slapping, qui est un mouvement sans signification qui vient des Samoa.

La façon de danser actuellement est trop calme, trop féminine, trop soumise. Je suis un peu rebelle, car je fais des chorégraphies qui mettent les filles en valeur et étouffent ce côté obéissant et docile. Je ne le dis pas trop à mes élèves. Je la leur apprends petit à petit, pas à pas…"

 

Interview par Marion Vandekerckhove, 2016.  Les images de danses tongiennes proviennent d'un ouvrage de l'Institut Atenesi mis à disposition par Sisi'uno.

Pour découvrir davantage les îles du Pacifique sud, suivez le guide :

RAROTONGA SAMOA & TONGA 7ED -ANGLAIS-

 

 

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