Rendre visible la mémoire vivante.

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Quelle est l’origine de l’association "Les deux Mémoires" ?

L’Association "Les Deux Mémoires" résulte de l’envie d’un groupe des réalisateurs, scénaristes et monteurs de cinéma qui décident au virage du vingt et unième siècle de rompre avec le système télévisuel en vigueur et de trouver une manière de faire des images susceptibles de fédèrer réellement les spectateurs autour d’un objectif commun. 

Très vite la mémoire vivante s’impose comme étant le thème rassembleur.Nous commençons alors à réaliser territoire après territoire une collection intitulée "chacun son siècle". Il s’agit en fait d’un dispositif à la frontière entre l’ethnologie, l’animation de proximité, le tournage documenbaire et la mise en scène des "egos" de chacun des habitants d’un terroitoire donné. Nous travaillons alors aussi bien à l’échelle de la commune, qu’à celle de la Communauté de Communes, du Pays, du Parc Naturel Régional , bref nous donnons un sens humain à la machine administrative en imposant une histoire humaine pour lire les paysages et un monde rural en pleine mutation. Le premier documentaire fut très patrimonial, les derniers interrogeaient justement les réalités de ce monde rural qui n’a plus grand chose d’agricole mais où s’inventent néanmoins parfois des réponses très intéressantes aux problèmes qui se posent en ville. 

Quel est votre objectif ?

Un souci de servir vraiment le spectateur et au-delà de lui le public en mettant à sa disposition des "outils audiovisuels" qui lui permettent de s’y " retrouver" et ainsi delancer le dialogue en donnant la parole à ceux que l’on n’entend jamais. 

Comment travaillez-vous pour rassembler et préserver la mémoire collective, particulièrement autour des "femmes invisibles" ?

Les "femmes invisibles", il s’agit là de la deuxième collection que nous avons lancée il y a deux ans à la suite de la première, en partant de cette partie de l’Indre que nous connaissions bien car c’était celle du pays de George Sand, une région du Sud de l’Indre où il existait autrefois beaucoup d’entreprises et d’usines textiles qui toutes ont fermé entre la fin des années 80 et le début des années 2000. Nous nous sommes bien entendus avec la déléguée départementale aux Droits des femmes et à l’Egalité de l’Indre puisque nous avions ensemble fait une collection de photos de femmes peu ordinaires du département dans le cadre du film "Les mainteneurs". Nous avions projeté nos films dans une commune rurale ce qui avait en fait mobilisé tous les habitants de la communauté de commune, nous avons ensuite mobilisé en réunion tous les maires des 64 communes du pays sur le Projet, et les associations. Familles Rurales qui est dans l’Indre le gros employeur des aides à domicile a apprécié ce souci de prendre en compte l’individu et de le suivre au fil des mois.

Nous avons au fil de ces rencontres croisé un certain nombre de femmes que nous avons suivies dans leurs stages comme dans leurs trajets et le film s’est bâti entraînant avec lui cette dynamique de proximité qui nous a permis d’ouvrir de plus en plus le champ tout en gardant toujours la confiance de celles et de ceux que nous approchions. Le concept de "café" me mobilise depuis plusieurs années etcette attention à l’autre sur laquelle j’estime indispensable de se pencher aujourd’hui car c’est la seule réponse politique que l’on puisse être à même de donner à un monde en plein chaos , c’est au coeur de nos pratiques comme de notre souci justement de rendre visible en les laissant parler et en les regardant travailler ces invisibles.

Pouvez-vous nous parler d’un portrait en particulier de femme que vous avez réalisé ?

Il n’y en a pas un mais des... Le principe de ce que nous faisons est d’ailleurs justement de montrer comment nous ne sommes pas des êtres isolés mais des individus profondément reliés aux autres. L’américaine Caroll Gilligan a écrit un ouvrage qui a révolutionné l’approche du "care" dans notre pays. Elle parle dans ’Une voix differente" de la vulnérabilité. Il n’y a pas que les petits enfants, les personnes agées ou les handicapés qui soient vulnérables, quand on nous traite comme des chiens, nous sommes vulnérables et malheureux.. Nous ne valons plus rien à nos propres yeux... Nous avons envie de disparaître sous terre.. Tout au contraire quand on prête attention à ce que nous faisons, quand on prend la peine de nous écouter, loin de nous rengorger de manière vaniteuse ou narcissique nous n’en rebondissons que mieux pour donner le meilleur de nous même et sortir justement d’un étouffement narcissique.

La confiance en soi et en ses capacités est au coeur de ce projet. Comme le disait L’oréal en son temps, les gens le valent bien...C’est à force de le leur dire qu’ils réaliseront que cette histoire de sens n’est nulle part ailleurs.. Enfin bien sûr à condition qu’ils aient envie de trouver un sens à ce qui se passe... mais en fait c’est très simple et très joyeux, tout ca...

Et ensuite, il s’agit simplement de coudre ensemble tous ces morceaux de mémoire pour en faire un film à visage humain et bâtir autour des rencontres, des colloques, des tables rondes, bref des rencontres où on se rend compte que les images servent quand même à rassembler les gens autour d’un écran.... et à rompre ainsi leur solitude.

 

Quel est le dernier film que vous avez réalisé ?

C’est un documentaire que nous avons réalisé pour l’UDAF en Vendée profonde,"Roulez jeunesse", et qui raconte l’aventure menée depuis un an par un groupe de jeunes entre douze et seize ans : ils cherchaient un moyen original de gagner un peu d’ argent pour leur foyer des jeunes...
Derrière ces jeunes et le développement durable, il y a les familles car sans les familles rien de durable.

Le film commence tout juste sa carrière mais il plaît, preuve que la démarche du "creusement de sens " de la part des spectateurs existe.... à condition bien sûr qu ils puissent accéder aux films.

Propos de la réalisatrice Josiane Maisse répondant aux questions de Laureline Amanieux.
© Savoirchanger 2011. 

Pour aller plus loin !

En savoir plus et visionner des extraits vidéos des documentaires réalisés par l’association sur leur site :
http://www.lesdeuxmemoires.com/cate...

Copyrights photographies "Les Deux Mémoires".

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